Aller au contenu principal

LES COULISSES…

2015-10-02

LE PROGRAMME :

→        COULISSES D’AUTOMNE 2015

V01 Visuel-Godot

« Vous me demandez mes idées sur En attendant Godot, dont vous me faites l’honneur de donner des extraits au Club d’essai, et en même temps mes idées sur le théâtre.
Je n’ai pas d’idées sur le théâtre. Je n’y connais rien. Je n’y vais pas. C’est admissible.
Ce qui l’est sans doute moins, c’est d’abord, dans ces conditions, d’écrire une pièce, et ensuite, l’ayant fait, de ne pas avoir d’idées sur elle non plus.
C’est malheureusement mon cas.
Il n’est pas donné à tous de pouvoir passer du monde qui s’ouvre sous la page à celui des profits et pertes, et retour, imperturbable, comme entre le turbin et le Café du Commerce.
Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention.
Je ne sais pas dans quel esprit je l’ai écrite.
Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu’ils disent, ce qu’ils font et ce qui leur arrive. De leur aspect j’ai dû indiquer le peu que j’ai pu entrevoir. Les chapeaux melon par exemple.
Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s’il existe. Et je ne sais pas s’ils y croient ou non, les deux qui l’attendent.
Les deux autres qui passent vers la fin de chacun des deux actes, ça doit être pour rompre la monotonie.
Tout ce que j’ai pu savoir, je l’ai montré. Ce n’est pas beaucoup. Mais ça me suffit, et largement. Je dirai même que je me serais contenté de moins.
Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d’en voir l’intérêt. Mais ce doit être possible.
Je n’y suis plus et je n’y serai plus jamais. Estragon, Vladimir, Pozzo, Lucky, leur temps et leur espace, je n’ai pu les connaître un peu que très loin du besoin de comprendre. Ils vous doivent des comptes peut-être. Qu’ils se débrouillent. Sans moi. Eux et moi nous sommes quittes ».
Samuel Beckett, Lettre à Michel Polac, janvier 1952

                                    ◊   ◊   ◊   ◊   ◊   ◊

photo MOHA 2

«J’ai honte, oui, moi, Moha, fils d’Aïcha et de la Révolution,

fils de la chamelle égarée dans le désert,

descendant de l’araignée noire vénéneuse,

voisin de l’herbe amère et du ciel trouble,

fils de la pierre et de la terre glaise, moi le fou, moi le pauvre,

je suis nu devant les hommes et devant l’époque, face à la mer, face au feu qui vous menace,

moi le sage, l’homme perdu, l’homme possédé par les djinns ( mais qu’on n’ose pas enfermer parce que j’ai des liens secrets avec tous les magiciens de l’Inde et des pays enfouis sous les terres),

moi, j’ai honte et je ne sais quoi faire de plus que de me déshabiller dans cette banque

et vous montrer la gale sur ma peau, cette gale c’est la honte que j’ai de vous et j’ai peur,

peur pas pour ma petite vie qui a dormi un siècle et s’est réveillé à temps,

mais j’ai peur de vous voir pendus à l’aube de tous les massacres,

vous vous pendrez les uns les autres car vous ne saurez pas d’où vient le vent de la démence qui vous emportera comme un rire les nuits d’hiver,

j’ai peur et je crie, je vais consulter les saints: ils me transmettent des messages de détresse.»

Moha le fou Moha le sage. Tahar ben Jelloun

                                                                             ◊   ◊   ◊   ◊   ◊   ◊

frida 2

Certains critiques ont tenté de me classer parmi les surréalistes, mais je ne me considère pas comme telle (…) En fait, j’ignore si mes tableaux sont surréalistes ou pas, mais je sais qu’ils sont l’expression la plus franche de moi-même (…) Je déteste le surréalisme. Il m’apparaît comme une manifestation décadente de l’art bourgeois. Une déviation de l’art véritable que les gens espèrent recevoir de l’artiste (…) J’aimerais que ma peinture et moi-même nous soyons dignes des gens auxquels j’appartiens et des idées qui me donnent de la force (…) J’aimerais que mon œuvre contribue à la lutte pour la paix et la liberté.

Il y a peu, quelques jours à peine, j’étais une petite fille qui marchait dans un monde de couleurs, de formes dures et tangibles. Tout n’était que mystère, tout cachait quelque chose; déchiffrer, apprendre, c’était un jeu plaisant. Si tu savais comme il est terrible de tout savoir soudain, comme si un éclair avait illuminé la terre. A présent, j’habite une planète douloureuse, transparente, comme de la glace, mais qui ne cache rien; c’est comme si j’avais tout appris en quelques secondes, d’un coup, d’un seul.

Correspondance. Frida Khalo.

                                                                                              ◊   ◊   ◊   ◊   ◊   ◊

photo-28

« Mon écriture est une écriture d’acteur. D’acteur, parce que je suis un acteur et que l’acteur -l’humain- est l’essence du théâtre. »

Spiro Scimone

Dans l’ingénuité d’une œuvre de jeunesse, le théâtre se taille parfois des moments de grâce insoupçonnés, et fait vibrer l’humanité sensible en quelques mots rares et autant de silences. Nunzio, écrit en 1993 par Spiro Scimone, est un petit bijou de poésie aigre-douce, portée par une langue sèche mais touchante. C’est surtout un joli cadeau offert aux comédiens qui s’en emparent : deux rôles, tout en retenue, silencieux mais d’une rare densité. Les Siciliens Pino et Nunzio.

C’est l’histoire d’une fraternité recomposée entre un tueur à gages en sursis et un ouvrier candide. Denis Rey est Nunzio, malade à force d’avoir respiré des produits toxiques à l’usine. Olivier Jeannelle, Gomina et complet italien, est l’autre. Protecteur et bourru. Ensemble, ils signent une partition absolument impeccable, livrée par petites touches de tendresse, et dans laquelle s’est glissée pudiquement leur propre relation complice.

Spaghettis au fromage de chèvre et aux lardons. Clopes, café noir et vin rouge. Musique italienne et photos de belles pépées… voilà ce qu’ils mettent au menu de cette soirée (peut-être la dernière ensemble) pour célébrer le meilleur de la vie, quand le pire rode derrière la porte. Mais, Bon Dieu, que ce repas a été bon, partagé avec un public remué aux tripes.

Bénédicte Soula in lestroiscoups.com

No comments yet

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :